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Addiction, la Bretagne s’organise face au jeu compulsif

Addiction, la Bretagne une initiative face au jeu compulsif

On le sait depuis maintenant quelque temps : l’addiction aux jeux d’argent est un important fléau qui s’attaque à notre société. Par la législation, les Etats ont bien tenté de réduire ce danger en obligeant, entre autres, les opérateurs à faire de la prévention. Mais le réel effet de cette action n’est pas encore prouvé, bien au contraire compte tenu de ce cas précis et de celui-ci en Arménie.

Au niveau régional, comme en Bretagne, on cherche donc à trouver des solutions pour lutter contre l’augmentation du nombre de joueurs compulsifs. Présentation d’une initiative qui mérite assurément d’être plus relayée…

La Bretagne réagit face à l’addiction. L’Etat ne crée pas un fichier d’interdits de jeux de la FDJ

Si l’addiction à l’alcool ou aux drogues est connue de tous, celle aux jeux d’argent reste encore parfois confidentielle. Pourtant, une étude de 2010 avait tiré la sonnette d’alarme en démontrant que 1,3% des Français abusaient des jeux d’argent.

Depuis, 5 ans sont passés et il n’est pas certain que ce chiffre ait baissé. Pire, celui-ci a probablement augmenté. Il faut dire que nous sommes de plus en plus sollicités pour participer à des jeux d’argent.

Entre les traditionnels tickets de grattage disponibles chez les buralistes, les loteries et paris sportifs dont on nous vante les gains à la télévision, les sites d’opérateurs de poker en ligne dont les publicités foisonnent sur le web ou encore les casinos terrestres, tout est fait pour nous tenter de jouer de l’argent.

En Bretagne, une initiative régionale a été lancée afin d’aider les joueurs addicts. Constatant que seulement 3% des personnes souffrant d’addiction aux jeux d’argent entamaient une démarche de soins, le pôle spécialisé régional pour les addictions aux jeux (Posraj), qui dépend du Centre Hospitalier Régional Universitaire de Brest, propose depuis près d’un an, des groupes de parole anonyme.

Accessibles sans la moindre inscription et se déroulant dans diverses villes bretonnes, ces groupes permettent à de nombreux joueurs compulsifs de faire le premier pas vers une structure en mesure de les comprendre et de les aider à aller beaucoup mieux.

La majorité de ceux qui se présentent à ces groupes de parole sont des interdits de casino qui ont fait eux-mêmes la démarche en demandant au Ministère de l’Intérieur de figurer sur les listes des joueurs bannis des établissements de jeux terrestres.

Pour autant, ils peinent souvent à se défaire de leur addiction. En effet, il est impossible actuellement de se faire interdire des bureaux de tabac et des détaillants du PMU… Etonnant non ?

Pourtant, les jeux de grattage qui remplissent les caisses de l’Etat sont tout aussi addictifs que le poker ou les autres jeux d’argent. L’immédiateté de la connaissance du gain est telle que le joueur est naturellement tenté de rejouer.

S’il a gagné, il se dit qu’il est en jour de chance et que cela vaut le coup de rejouer. Inversement, s’il a perdu, il estime qu’il est temps pour lui de se refaire en tentant une nouvelle fois sa chance. Aussi, au final, le joueur compulsif est assuré de perdre aux jeux de grattage, à moins d’avoir l’immense chance de toucher le gros jackpot mais là n’est pas une généralité (voir les probabilités de gagner au jeu Cash à gratter).

Mais cette donne semble aussi vraie lorsque l’on s’intéresse aux comportements des joueurs de poker ou des parieurs. Cette envie irrépressible de jouer que les spécialistes appellent le craving est bien présente là aussi. Et c’est sans nul doute ce qui doit inquiéter. Les joueurs les plus addicts peuvent ainsi dépenser en une journée ce qu’il gagne en un mois voire plus.

Dans ces proportions, un joueur s’expose souvent à des problèmes qui vont dépasser le simple cadre financier puisque le surendettement peut s’accompagner d’une désocialisation, d’un éloignement familial (divorce), de poursuites judiciaires et donc conduire jusqu’à la dépression et au suicide comme ce jeune de 23 ans addict aux paris sportifs.

Voilà pourquoi l’initiative de créer des groupes de paroles pour les joueurs addicts en Bretagne apparait comme excellente. Les joueurs compulsifs peuvent alors échanger avec des personnes vivant des expériences similaires mais aussi profiter d’une aide, souvent psychologique.

Autre point positif, cet accompagnement éventuel sera personnalisé et les objectifs à atteindre seront donc adaptés à chacun. Assurément le meilleur moyen de montrer aux joueurs addicts qu’on est avec eux et qu’on ne les marginalise pas…

Pour clore, il est légitime de constater qu’actuellement, les opérateurs de jeux d’argent sur Internet (poker, paris sportifs et hippiques) subissent une pression très forte de l’Etat pour informer activement les joueurs sur la dépendance aux jeux, mais paradoxalement, il n’est pas possible de se faire interdire de jeux de grattage, de loteries et autres bingos de la FDJ… comme par hasard.

Au final, la loi actuelle de 2010 sur les jeux d’argent est plutôt assez injuste et l’on reconnaît bien là, le double langage de l’Etat qui à priori, est le seul à avoir le droit d’addicter ses propres citoyens pour une seule et unique raison: l’impôt indirect. Une sorte de schizophrénie de l’exécutif en fait. Rendez-vous dans 20 ans pour le trou de la sécu…

6 commentaires

  1. L’initiative est très bonne en soi, et donner la parole à des joueurs compulsifs sans passer par la case hôpital est franchement des plus judicieuses.

    Maintenant, et là où le bât blesse, c’est encore cette hypocrisie des gouvernements successifs à vouloir réduire l’addiction et promouvoir dans un même temps les jeux de grattage fdj. Parce que oui, c’est hyper rentable…

    Quant à l’addiction aux jeux de grattage en elle-même, est peut-être pire que les autres car les points de vente sont présents partout, le paiement en liquide possible et le délai entre l’achat et le jeu en lui-même est hyper rapide.

    Et, effectivement, il est impossible de se faire interdire de café, de tabac ou de maison de la presse ! La seule contrainte étant d’avoir plus de 18 ans. A une époque, on pouvait voir des gens attablés toute la journée au café pour jouer au Rapido. Je me demande combien d’entre eux devraient entamer un parcours d’aide aujourd’hui…

  2. Apparemment les Bretons ne sont pas seulement les champions de la consommation d’alcool mais aussi les plus addicts en jeux de grattage et compagnie !

    La FDJ doit se frotter les mains, même si elle prône la modération dans les jeux, impossible de demander une interdiction de jeux dans un bureaux de tabac et je suis convaincu que peu de buralistes osent demander une carte d’identité quand ils ont un doute sur un joueur qui est mineur.

    Cette initiative de groupe de parole est une très bonne chose, ça permet de ne pas se sentir seul et démuni face à cette addiction qui peut avoir de graves conséquences, on devrait l’étendre à tous les départements.

    J’ai vu une fois une psychologue pour mon addiction mais elle était totalement incompétente dans ce domaine… Il me semble que maintenant les psychologues sont mieux formés face à ce problème, mais en parler en groupe est nettement plus constructif.

    • Les buralistes ne peuvent pas demander un justificatif d’identité comme dans les casinos en dur. D’une part, ils sont beaucoup trop occupés et d’autre part, si à chaque jeu de grattage vendu à un jeune, les buralistes doivent demander leurs papiers d’identité, ils vont tous péter un câble !

      J’ai même vu que la FDJ n’a pas augmenté les buralistes depuis 20 ans sur le % des ventes de jeux de grattage… Je ne me rappelle plus la source.

      Heureusement pour les buralistes qu’ils n’y sont pas obligés (pour les papiers d’identité), ce qui a failli se faire début 2017 suite au rapport de la Cour des Comptes qui préconisait de lever l’anonymat des joueurs de loteries et de jeux de grattage, et même les turfistes ! Comme par hasard, c’est tombé à l’eau à cause de la filière équine…

  3. Belle initiative prise par la commune de Bretagne que d’organiser des cellules d’écoute des personnes atteintes d’addiction aux jeux d’argent.

    Ce n’est toujours pas évident qu’une personne prise dans cet engrenage puisse à elle seule se tirer d’affaire sans l’aide des autres.

    Donc l’initiative de cette commune est à saluer car organiser des cadres d’échanges entres personnes atteintes par ce mal afin d’échanger les expériences est salutaire et peut les emmener à adopter des comportements nouveaux, voire se tirer d’affaire.

    L’addiction aux jeux d’argent est aussi grave que celle à l’alcool ou à la drogue. Pour ces deux dernières, on peut tout de suite détecter, contrairement à l’addiction aux jeux d’argent qui n’est pas perceptible à vue d’oeil.

    Il faut être un proche de la personne atteinte par cette maladie pour le savoir. Ce qui rend à mon sens le traitement plus difficile que dans les autres cas si le concerné ne s’implique pas personnellement.

    Les encourager à se rencontrer est véritablement ce qu’il faut pour les aider à s’en sortir.

  4. Toutes les régions devraient suivre l’exemple de la Bretagne ! Il n’y a pas assez de soutient pour toutes ces personnes qui souffrent d’une vraie maladie. Car oui, l’addiction, peu importe laquelle, est une pathologie.

    L’état qui se vante de faire de la prévention pour les jeux d’argent devrait également mettre en place un système pour le PMU et la FDJ.

    Je sais que ça peut paraître compliqué, mais on devrait avoir l’obligation de présenter une pièce d’identité pour des jeux de grattage et mettre en place un fichier !

    Car même si on a le courage de s’exclure des casinos, la tentation est présente pour tous les jeux, même ceux de la FDJ, mais aussi le PMU…

    En tout cas, il faut saluer la Bretagne pour cette belle initiative !

  5. Le jeu compulsif, un véritable fléau des temps modernes qui tend à prendre de plus en plus de l’ampleur eu égard aux crises financières dont les pires effets sont ressenties par les couches les plus pauvres qui croient à tord que la solution réside dans les jeux d’argent.

    Cette façon de voir, que je dirais erronée, va exposer les plus vulnérables à l’addiction aux jeux d’argent car ne pouvant plus se retenir de jouer, croyant fortement au gain qui n’arrivera presque jamais.

    Cet état addictif qui doit vigoureusement être combattu par les Etats est plutôt entretenu par ceux-ci à travers des jeux proposés par leur structure telle que la FDJ et le PMU pour la France.

    Les Etats dans cette situation souffle à mon avis le chaud et le froid, car c’est une des portes d’entrée d’argent qu’aucun Etat ne voudrait abandonner pour un quelconque bien-être de sa population. Et cela se ressent en Bretagne, mais à mon avis, toutes les régions savent que l’addiction aux jeux est en hausse sévère…

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